Stefan Mächler

Eléments fondamentaux de la politique de la FSCI

Questions traitées : L'étude que je présente aujourd'hui analyse la position et la pratique de la FSCI face à toutes les victimes du nazisme. Elle ne traite donc pas uniquement la manière dont a réagi la Fédération envers les réfugiés juifs qui demandaient l'asile dans notre pays. Elle porte également sur les questions concernant la mesure dans laquelle la FSCI a défendu les droits des juifs suisses résidant à l'étranger et le point jusqu'auquel elle a procuré son aide à la communauté juive étrangère. Etant donné que ses activités furent en étroite corrélation avec sa propre position en Suisse, j'ai également traité dans mon livre la manière dont elle fit front à l'antisémitisme local et dont elle défendit l'égalité des droits juifs. Enfin je porte une attention toute particulière au Verband Schweizerischer Israelitischer Armenfürsorgen VSIA (Fédération suisse d'assistance aux israélites nécessiteux), qui a pris le nom de Verband Schweizerischer Jüdischer Flüchtlingshilfen VSJF (Union suisse des comités d'entraide juive) à partir de 1943, vu que cette dernière organisa l'aide aux réfugiés pour la FSCI.

L'existence de régimes agressifs et totalitaires dans les pays voisins exerça une influence considérable sur toute la société suisse entre 1933 et 1945. Mais la vie quotidienne continua son cours habituel pour les non-juifs locaux - avec naturellement d'importantes restrictions pendant les années de guerre. Par contre, les changements à l'étranger jetèrent des ombres menaçantes sur la Fédération à partir de 1933, nuirent, avec le temps, à la plupart de ses tâches et dominèrent enfin complètement sa vie institutionnelle. Pour une petite organisation dirigée de manière bénévole, ces activités institutionnelles prirent une dimension inhabituelle: elles comprenaient l'aide au réfugiés, l'aide à l'étranger, la lutte contre l'antisémitisme, la protection juridique pour les juifs suisses résidant à l'étranger et les relations publiques. Ne pouvant les résumer de manière assez brève (cf. à ce sujet les résumés des pages 435 à 448 dans mon livre), je me limite à aborder ici, à titre d'exemple, le domaine de l'aide aux réfugiés.

Aide aux réfugiés: Entre la prise du pouvoir par Hitler et la fin de la guerre, la solidarité pratiquée envers les juifs cherchant refuge en Suisse fut le principal champ de travail de la Fédération et de son oeuvre d'entraide. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: entre 1933 et 1937, la VSIA prit en charge quelques 6'500 réfugiés, une année plus tard, elle en était à 9'000 personnes, début 1945, le VSJF, comme se nommait nouvellement l'oeuvre d'entraide, aida environ 23'000 personnes, dont 10'000 matériellement. Que cette association d'aides bénévoles, minuscule et peu organisée, ait réussi à se transformer en une importante organisation, qui, à partir de 1943, s'occupa d'un plus grand nombre de protégés que la population juive en Suisse ne comptait de têtes, représenta un véritable exploit. Et également que, jusqu'en 1939, la VSIA ait réussi à faire passer 3'800 réfugiés dans des pays tiers, au prix d'immenses efforts et malgré la politique d'isolement de tous les autres Etats.

Lorsque, à partir de juillet 1938, le régime nazi expulsa systématiquement un nombre important de juifs de manière illégale par la frontière suisse, ce n'est que grâce à l'intervention de la FSCI et à la promesse qu'elle fit de subvenir aux besoins des réfugiés que les autorités suisses ne les refoulèrent pas. Au cours du mois d'août suivant, la Fédération accepta la contrainte que lui imposa le chef de la police, Heinrich Rothmund, de continuer à porter elle seule la responsabilité d'aider les immigrés illégaux et de les transférer dans d'autres pays, sous peine de les voir refoulés. L'engagement de la FSCI a sauvé la vie de milliers de gens.

Mais, parce qu'elle craignait l'effondrement de sa propre oeuvre d'entraide, ce soutien financier contribua également de manière décisive à l'appui qu'apporta la Fédération aux autorités pour qu'elles stoppent les immigrations illégales à la fin de l'année 1938.

Lorsqu'en août 1942, les autorités suisses fermèrent hermétiquement la frontière aux juifs qui voulaient entrer en Suisse, la FSCI protesta avec force auprès du chef de la Police et demanda d'appliquer aux juifs le statut de réfugié politique ayant droit à l'asile. Mais elle se garda bien de critiquer publiquement la politique officielle. La prochaine tentative de révision du terme de réfugié, qu'elle n'entreprit qu'en mars 1943, échoua cependant déjà devant l'incapacité qu'elle eut à rallier à cette cause l'Office central suisse d'aide aux réfugiés, organisation faîtière des oeuvres d'aide aux réfugiés.

Les engagements financiers en faveur de l'aide aux réfugiés furent très lourds à porter pour la Fédération pendant toute la période analysée. Il lui fallut rassembler des sommes qui dépassèrent de très loin son budget normal et exigèrent de gros sacrifices de la part de la population juive. Ces efforts n'auraient pas suffi à eux seul, si l'oeuvre d'entraide américaine Joint Distribution Committee n'était intervenue avec de substantielles subventions. Une comparaison avec l'oeuvre d'entraide Caritas, qui, elle, pouvait compter sur un réservoir de donateurs - 1'700'000 catholiques suisses - cent fois plus important que celui de la FSCI, permet d'illustrer les étonnantes prestations financières que fournirent les juifs: avec les seules contributions locales qu'ils apportèrent à l'aide au réfugiés, et sans tenir compte des sommes allouées par le Joint, les juifs donnèrent par tête six cents fois plus que les catholiques jusqu'à 1942.

Il ne fait aucun doute que ces énormes prestations financières sauvèrent bien des vies humaines. Mais que la direction de la Fédération n'ait émis aucune critique à l'encontre de la teneur raciste de cette obligation et n'ait entrepris qu'en 1942 une démarche sérieuse pour obtenir une subvention de l'Etat en faveur de l'aide aux réfugiés, est cependant contestable. Face à la nécessité de devoir absolument financer elle-même l'aide aux réfugiés, elle proposa même de lever un impôt spécial auprès des étrangers fortunés, dit impôt de solidarité, qui avait un caractère discriminatoire et était problématique du point de vue juridique.

L'examen de la politique de la Fédération pendant ces années fait ressortir quatre éléments fondamentaux: l'impuissance des juifs, la menace de l'antisémitisme, la dépendance à l'égard des autorités et la rationalité du pouvoir et de l'impuissance.

Impuissance: La Fédération ne représentait que quelques 18'000 juifs et juives, donc une minorité largement désarmée. Au point de vue électoral, la communauté juive était une quantité négligeable. De plus, elle ne formait pas du tout un bloc uni, mais était très hétérogène et déchirée par des disputes internes. Elle se composait pour une moitié d'étrangers, donc de citoyens ne disposant que de peu de droits ou qui auraient pu encore en être complètement privés - comme le prouva à la fin des années trente la manière dont les autorités helvétiques traitèrent les juifs polonais. La base financière de la FSCI était également précaire, puisqu'elle n'avait pas le droit de lever des impôts et que ses revenus se composaient uniquement de contributions payées volontairement. Elle ne possédait en outre aucune infrastructure administrative puissante et efficace, et toute son activité reposait sur le lourd principe du bénévolat. Le comité directeur était composé de philanthropes inexpérimentés en politique. Et enfin, les relations avec les groupes socialement influents étaient faibles et peu équilibrées.

Cette impuissance se renforça encore dans la politique des réfugiés: la clientèle de la FSCI se composait de gens que les nazis privaient de leurs droits et pourchassaient comme étant le rebut de l'humanité, et donc - équivalant fatal - que les autorités suisses accueillaient comme des personnes indésirables et dépouillées de tous droits. De plus, ces réfugiés ne possédaient aucun lobby en dehors de la communauté juive. Ni à l'intérieur du pays, ni à l'étranger.

Menace antisémite: Pour les juifs de Suisse, l'antisémitisme représentait une menace objective - l'antisémitisme local, mais surtout l'antisémitisme national-socialiste. Pour eux, l'annexion de la Suisse au «Troisième Reich» aurait signifié l'extermination - crainte que la plupart de leurs concitoyens non-juifs n'eurent pas à avoir. Les conséquences en furent graves : les dirigeants juifs appréhendèrent et combattirent l'antisémitisme non seulement en tant que menace objective, mais l'intériorisèrent aussi en partie. Ils lancèrent une « action » pour la lutte contre l'antisémitisme, un soi-disant «combat interne contre les personnes nuisibles» qui reflète parfaitement cette tendance. Avec ces mesures prises à l'intérieur, la FSCI essaya de discipliner sa base, afin de ne pas donner aux antisémites l'occasion de lui faire des reproches. Cette intériorisation se révéla dans le fait que la propre image que les juifs se firent de leurs mauvais juifs (qu'il s'agissait donc de discipliner) correspondait tout bonnement à l'image des juifs en général que propageaient les antisémites. D'autre part, cette même intériorisation se manifesta également dans l'aveuglement dont firent preuve les dirigeants de la FSCI à l'égard du noyau antisémite du discours sur la surpopulation d'étrangers, discours qu'ils reprirent en partie eux-mêmes ou du moins acceptèrent.

On peut, avec Pierre Bourdieu, qualifier ces mécanismes d'intériorisation de «violence symbolique», c'est-à-dire d'une forme de violence «qui est exercée sur un acteur social avec la complicité de cet acteur». Le point essentiel est justement cet acte de méconnaissance, par lequel des éléments antisémites deviennent - subjectivement - des aspects «naturels», normaux, structurant la réalité sans être accessibles à la perception consciente.

L'un des piliers de cet antisémitisme reposait sur la thèse que les juifs étaient «allogènes» et formaient des «corps étrangers» au sein du «peuple» des pays où ils résidaient. Etre juif était une tache «originelle», incorrigible, nuisible et dangereuse pour les non-juifs. Dans sa forme intériorisée, cette thèse renforça chez les dirigeants juifs la pression déjà massive de conformité qu'ils ressentaient et les amena à faire des efforts désespérés pour toujours à nouveau mériter - grâce à leurs excellentes prestations, leur attitude conforme et leur loyauté - leur qualité de membres du peuple des Confédérés et leur égalité avec les autres groupes sociaux.

Dans la politique des réfugiés, l'antisémitisme intériorisé fut l'une des raisons qui poussa les dirigeants juifs à accepter les conditions des autorités, non seulement par impuissance, mais aussi parce qu'ils ne perçurent pas de leur impact antisémite. Cela concerna aussi bien l'interdiction pour les réfugiés de s'adonner à une activité professionnelle que le principe de faire ressortir tous les réfugiés au plus vite de Suisse. Ces deux contraintes administratives se fondaient sur l'idée fondamentale antisémite que les juifs étaient «allogènes». Le même argument engendrait également l'idée largement répandue dans l'ensemble de la société suisse, et aussi partagée par bien des juifs locaux, que la présence des juifs en elle-même provoque l'antisémitisme. Cette idée erronée fut l'une des raisons (mais absolument pas la seule) pour laquelle la direction de la FSCI fut partisane d'un accueil contrôlé, donc limité, des réfugiés juifs - en particulier à partir de 1938, lorsque les transferts à l'étranger ses firent toujours plus difficiles et finirent par s'interrompre à cause de la politique de cloisonnement pratiquée par les Etats du monde entier. Elle fut également en partie responsable du fait que les dirigeants juifs exercèrent eux-mêmes une discipline de fer envers les réfugiés, les isolèrent dans des camps et acceptèrent comme inéluctable leur mise à l'écart du marché du travail.

L'antisémitisme intériorisé joua un rôle particulièrement important dans les questions financières. En Suisse, le financement privé de l'aide aux réfugiés était certes aussi pratiqué par les groupes solidaires non-juifs. Mais ces prestations privées étaient seulement considérées pour les juifs comme étant un devoir à remplir à la perfection s'ils voulaient conserver leur égalité civique. Dans la mesure où les juifs obtempérèrent à cette idée, ils confirmèrent indirectement la loi tacite qui faisait d'eux des citoyens aux droits révocables, des citoyens qui devaient toujours à nouveau mériter leur égalité. Le volontariat de ces prestations reposait également sur des bases douteuses, car les responsables craignaient que s'ils ne fournissaient pas de leur propre gré des redevances, une «loi sur les juifs» ne les y obligea.

Dépendance des autorités: Face à la menace nazie, l'existence du petit état indépendant revêtit une importance vitale pour les juifs de Suisse. Cela renforça la dépendance de la FSCI à l'égard des autorités, avec lesquelles elle se vit obligée de collaborer étroitement, tout particulièrement en ce qui concernait la politique des réfugiés. Son partenaire principal était la Police fédérale des étrangers, l'institution même qui, depuis des décennies, jouait un rôle éminent dans la lutte contre «l'enjuivement», tout en se cachant à elle-même son propre antisémitisme institutionnalisé.

La dépendance de la FSCI à l'égard des autorités se renforça encore par le fait qu'elle était isolée et s'isola elle-même au milieu d'une société majoritaire, et qu'elle évita aussi pendant presque tout le temps les contacts avec le public démocratique. Dès le début, son rayon d'action politique se réduisit donc quasi à l'interaction confidentielle avec l'administration fédérale. Cela amena les dirigeants juifs à avoir une conception étroite des choses, à ne pas critiquer les mesures officielles, à adopter les positions des autorités, à s'aliéner leur propre base et à se conforter dans l'illusion qu'ils entretenaient des relations de partenaires à partenaires avec les organes étatiques.

La manière dont cette collaboration confidentielle amena les dirigeants juifs à réduire encore leur perception des choses et leur marge déjà très mince de manoeuvre se révéla avec clarté dans le dilemme qui se posa à eux, fin 1938, lorsque, complètement dépassés par les responsabilités que leur avaient imposées les autorités, ils se virent placés devant deux alternatives aussi amères l'une que l'autre : ils avaient, selon eux, à choisir entre d'une part, la ruine de leur propre institution et un antisémitisme qui les mettait en danger, eux et les réfugiés qu'ils prenaient en charge, et d'autre part l'exigence moralement douteuse et peu solidaire de les refouler. Il ne se retrouvèrent dans cette impasse que parce qu'ils ne remirent jamais en question leurs obligations financières, ni ne forcèrent la prison de leur dépendance en demandant l'aide de tiers ou même du public. La paralysie de la FSCI après la fermeture des frontières en 1942 montra une fois de plus la dépendance totale dans laquelle elle se trouvait à l'égard des autorités, alors que de leur côté ces dernières agissaient entièrement selon des critères internes et sans aucun contrôle public. La seule stratégie qui lui resta fut d'intervenir dans des cas isolés, ce qui du moins sauva des vies, mais confirma indirectement les principes fondamentaux antisémites de la politique d'Etat.

Rationalité du pouvoir et de l'impuissance: L'effet combiné d'impuissance, de menace antisémite, d'antisémitisme intériorisé et de dépendance des autorités fit que la rationalité des dirigeants juifs se retourna souvent contre eux-mêmes - en acceptant inconditionnellement, par exemple, l'interdiction pour les réfugiés d'exercer une activité professionnelle ou l'obligation de financer l'aide aux réfugiés.

Interdiction d'exercer une activité professionnelle: La FSCI accepte l'interdiction d'exercer une activité professionnelle, afin que les réfugiés juifs puissent rester malgré la doctrine de la surpopulation étrangère. L'interdiction de travailler engendre la dépendance financière de nombreux réfugiés et grève ainsi de manière insupportable les fonds de son oeuvre de secours VSIA. Cette charge empêche la VSIA d'accueillir de nouvelles personnes sans ressources et, à la fin de l'année 1938, les dirigeants juifs ne voient pas d'autre issue que de mettre un terme à l'immigration illégale. Ce qui permet aux autorités de justifier les refoulements anti-juifs en expliquant que c'est dans l'intérêt des juifs locaux surchargés.

Obligation financière: La FSCI assume le financement de l'aide aux réfugiés afin d'éviter à ses coreligionnaires des poursuites «raciales». Mais comme cette obligation est définie par l'appartenance ethnique, elle accepte donc un «impôt juif» déguisé. Puisque l'argent ne suffit pas, elle se garde de demander une pratique plus libérale de l'asile. Et comme l'argent continue malgré tout à faire défaut, elle s'engage en faveur d'un impôt spécial pour les étrangers, qui a lui-même des connotations antisémites, puisqu'il concerne les juifs en particulier, et que l'argent distribué n'est pas versé de manière proportionnelle à l'oeuvre d'entraide juive.

Ces deux exemples dévoilent un mécanisme propre à bien des actions entreprises par les dirigeants juifs: leurs initiatives et leurs efforts furent dictés par des conditions (comme dans nos deux exemples concernant l'interdiction d'exercer une activité professionnelle et l'obligation financière de subvenir aux besoins des réfugiés) qu'ils n'avaient pas la possibilité de changer, mais dont ils ne remirent pas non plus la légitimité en cause. Leur but était de défendre les intérêts des juifs locaux ou des juifs cherchant refuge en Suisse. Au fil des années, ils durent cependant souvent constater que les résultats furent en fin de compte contraire à leurs intérêts et servirent plutôt ceux des autorités. La rationalité des plus faibles se révéla être un instrument utilisé par les gens au pouvoir.

Le fait que les responsables juifs ne perçurent souvent pas ces mécanismes (parce qu'ils n'identifiaient déjà pas les conditions comme étant antisémites) rendirent ces derniers particulièrement efficaces. Dans la louable intention d'aider les juifs et de défendre la position juive, la Fédération s'empêtra ainsi - paradoxalement - dans une politique administrative qui était antisémite et fut en fin de compte mortelle pour d'innombrables personnes.

Traditions institutionnelles: Sans les défis extrêmes déclenchés par les mesures du régime nazi, bien des éléments de la politique de la Fédération ne se seraient pas manifestés de manière si peu nuancée et si lourde de conséquences. Mais considérer cette monstrueuse catastrophe comme en étant la seule cause serait cependant résumer l'histoire de manière erronée (cf. livre p. 24f.). Certains éléments importants existaient déjà avant l'époque nazie, en particulier la recherche de protection auprès des autorités, la coopération confidentielle avec elles, les égards envers leur politique extérieure, l'antisémitisme intériorisé, le profil bas et l'autoritarisme interne.

La politique de la Fédération fut donc autant marquée par sa tradition institutionnelle que par les évènements de l'époque. Et il est même probable que ce furent les routines et les normes bien ancrées et apparemment éprouvées qui empêchèrent justement les dirigeants juifs de réagir plus offensivement et plus radicalement aux terribles évènements, et de faire front de manière plus réfléchie, plus distante et plus courageuse à la politique du gouvernement.

Contexte national et international: Il serait également faux d'examiner la politique de la FSCI en l'isolant de son contexte national et international. Au niveau national, les directives du gouvernement étaient les suivantes: les juifs qui cherchent refuge en Suisse ne sont pas considérés comme des «réfugiés politiques» ayant droit à l'asile; à cause du «danger de surpopulation étrangère», ils ne peuvent rester que temporairement en Suisse et n'y exercer aucune activité lucrative.

La FSCI, qui ne possédait aucune influence politique, avait dû s'organiser selon ces conditions depuis 1933. Toutefois, elle n'avait soulevé aucune objection sérieuse contre aucune d'entre elles, ni non plus contre la différence faite entre réfugiés politiques et économiques, que le terme officiel d'asile stipulait, et qui était par ailleurs accepté par tous les cercles sociaux, à l'exception des communistes.

Le contexte international joua également un rôle prépondérant. La Fédération prit déjà en mars 1933 contact avec les organisations juives d'autres pays. En collaboration avec ces dernières, elle suivit jusqu'en 1938 une stratégie d'émigration planifiée et contrôlée: seuls pouvaient sortir du «Reich» ceux qui avaient été choisis et remplissaient les conditions personnelles requises pour pouvoir se rebâtir une existence dans d'autres pays. Les responsables voulaient ainsi éviter qu'une immigration incontrôlée engendre dans les pays en question un prolétariat juif pauvre, qui, à la longue, n'aurait pu être soutenu par les communautés juives locales et risquait en outre de provoquer de l'antisémitisme. Cette stratégie, avec laquelle les juifs essayèrent de rester maîtres de la situation, s'achoppa cependant aux monstruosités «antirationnelles» des persécutions nazies - mais, à l'époque, personne ne pouvoir prévoir ce qui allait se passer. Les dirigeants de la FSCI reprirent non seulement les directives élaborées dans ces discussions internationales, mais collaborèrent encore étroitement avec les organisations étrangères - en particulier avec le Hilfsverein der deutschen Juden (Oeuvre d'entraide des juifs allemands) et l'organisation internationale de migration HICEM, dont la VSIA pris aussi la représentation générale pour toute l'Europe à partir de fin 1941.

Proximité et conduite morale: La condition de base pour sa manière d'agir était que la Fédération se trouvait dans une position impuissante et isolée à l'intérieur d'une société qui montrait peu d'intérêt pour le sort des juifs. Malgré la situation lamentable, la communauté juive soutint de manière extraordinaire, ici dans le pays, ses coreligionnaires réfugiés en Suisse et ceux qui se trouvaient sous la botte nazie. Elle contribua ainsi à défendre l'humanité, dans une mesure qu'aucun autre groupement social en Suisse ne peut prétendre avoir fait.

Cette conduite morale juive obéissait en grande partie aux mécanismes d'une solidarité interne. Elle répondait au désintérêt du côté non-juif, qui fut encore fatalement renforcé par les mesures d'isolement que prit le gouvernement envers les réfugiés et par la lutte de longue date, imprégnée d'antisémitisme et soutenue par l'ensemble de la société, contre la surpopulation étrangère.

Remerciements: Pour terminer, j'aimerais exprimer mes chaleureux remerciements à la FSCI pour la confiance qu'elle m'a accordée. Le comité directeur a dès le début assuré mon indépendance par contrat, ce qui m'a permis de faire et d'achever toutes mes recherches avec son entier soutien, et sans qu'il n'ait jamais cherché à en influencer le contenu. Cette souveraineté est d'autant plus remarquable que j'ai étudié des évènements qui touchent de manière centrale à l'identité collective de la communauté juive.

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